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Bulle'tin N°64 - octobre 2004

Témoignage

La chasse : une passion. Une thérapie aussi !

Dès le plus jeune âge, vers onze ans, avec mon frère Pascal (vous n'avez pas fini d'en entendre parler), j'ai découvert la chasse au grand gibier en accompagnant mes parents (et oui, ma maman chasse aussi et les sangliers n'aiment pas la rencontrer !). Pour un parisien, aller à la chasse le week-end permettait de prendre un grand bol d'air (et par tous les temps !). Les années de traque, sans fusil puis avec, passèrent avec des prises d'occupations croissantes au sein de l'association de chasse...

Philippe et deux sangliers
Un doublé de sanglier
à Bailleval-Nointel en 1992

Le 29 avril 2000, alors que je déplaçais un sac de 50kg de maïs servant à agrainer les sangliers, une vive douleur dans le dos me fit m'asseoir brusquement et m'allonger ensuite sur le lit. Cet incident, fort désagréable et inquiétant, fut sans doute salutaire.

Les 12, 13 et 14 mai 2000 avait lieu sur l'hippodrome d'Auteuil le « Country Show », c'est à dire une fête de la chasse, de la pèche, du golf et du cheval.

Avec un peu de mal, j'étais présent le vendredi 12. Mais, le samedi 13, impossible de me lever du lit : chaque mouvement était irrémédiablement sanctionné par un véritable « coup de poignard » dans le dos et la seule position a peu près confortable (le mot est exagéré) était d'être allongé sur le ventre. Après une bonne heure de ce traitement, j'ai demandé à mon frère d'appeler un médecin.

Heureusement, la piqûre de produit morphinique a calmé la douleur et ce que j'avalais atténuait les soucis (sauf que le simple fait que le téléphone sonne à la tête du lit me faisait légèrement sursauter et, bien entendu, le coup de poignard revenait). Je suis resté allongé comme cela 21h sur 24 pendant cinq jours. Mon frère me levait et me recouchait, au sens propre du terme, matin, midi (en revenant de son travail) et soir.

Pensant à un problème de déplacement de vertèbre (cela aurait pu être familial !), nous avons contacté un médecin chiropracteur du sport qui s'était très bien occupé de ma mère. Après consultation, ne décelant pas de déplacement, il m'a fait faire une analyse sanguine et une radio. Voyant les résultats, il m'a fait passer un scanner.

Passer un scanner implique de prendre rendez-vous à l'avance (généralement deux à trois semaines !). Heureusement, un collègue de travail a pu me faire bénéficier d'une consultation du jour au lendemain : cette rapidité a été certainement bénéfique. Au vu du résultat du scanner, le médecin a téléphoné à Bichat pour une hospitalisation d'urgence : je suis persuadé qu'il savait déjà ce que j'avais !

Le 6 juin, je rentrais à Bichat et le 7 au soir, j'apprenais que j'avais un Myélome. Cette drôle de bestiole est une espèce de machine à dérégler le travail de la moelle osseuse et se traite par de la chimiothérapie, de la radiothérapie et une greffe de moelle osseuse (si on a la chance de trouver un donneur compatible). J'ai demandé si j'avais un cancer des os. Le médecin m'a dit que non. Mais, avec le traitement indiqué, je savais que c'était similaire.

Ma seconde question a été : « est-ce que c'est génétique ? » (je pensais à mon frère). La réponse négative me rassura. La troisième a été : « combien de chance de m'en sortir ? ». La réponse : « de 60 à 70% » me rassura aussi (ce n'était pas si mal !). Ils me donnèrent un cachet pour dormir mais je ne le pris pas et ... dormi très bien (l'inconscience ?).

Un transfert se faisait le 8 vers l'Hôpital Saint Louis et une saison de chasse très particulière commençait (normalement, le 1er juin est la date de début de la chasse d'été du brocard !).

Cela n'est pas vraiment réjouissant, mais il faut faire avec et faire face. La devise de l'Arme du Génie (souvenir de mon Service National) est « souvent construire, parfois détruire, toujours servir ». En l'occurrence, il faut ici « détruire la salle bestiole, reconstruire la moelle osseuse, toujours se battre ». Heureusement pour moi, mon frère (encore lui) était non seulement compatible, mais étant un vrai jumeau, il l'était à 100% ! Le décor étant planté, revenons à la passion de la chasse.

Je suis persuadé que celle-ci m'a aidé.

Moralement uniquement bien sūr, mais c'est d'une importance extrême.

Je ne saurais en effet oublier les équipes médicales qui se sont occupées de moi à Myosotis 4, Trèfle 3, à Praz-Coutant en convalescence et, enfin, de retour à Saint Louis.

Mais, à chacune des étapes précitées, la chasse a été présente.

Les amis chasseurs, dont font partie les sonneurs de cors de chasse à tir, m'ont manifesté un soutien sans faille. Certains servaient de relais envers d'autres qui n'osaient pas prendre directement des nouvelles. Cela se comprend parfaitement : il n'était pas possible que tous prennent contact en même temps, ou peuvent craindre d'aller aux renseignements directement.

L'important était que je sache que tous étaient avec moi (je parle ici de la chasse, mais les amis et les collègues de travail faisaient de même !).

A Myosotis 4, lors d'une chimiothérapie courant juin, les sonneurs de l'Association Nationale des Cors de Chasse à Tir, que j'ai l'honneur de présider, m'ont sonné « le salut » téléphoniquement depuis Chambord où se déroulait le « Game Fair » (autre fête de la chasse). J'avoue que l'émotion était forte et que j'étais « touché » (mais pas coulé !). Les séances de chimiothérapie se sont succédées de juin à septembre 2000.

Puis, l'artillerie lourde (cette fois ci, l'arme régimentaire de mon frère !) début octobre constituée d'une grosse chimiothérapie et de séances de radiothérapie.

À Trèfle 3, la greffe de moelle a eu lieu le 12 octobre. Trois jours avant l'ouverture de la chasse au grand gibier sur le territoire de l'Oise où je chasse habituellement avec toute la famille.

Avec nous chasse une « équipe médicale » amiénoise. Cette équipe a été d'un grand secours pour mes parents et mon frère. En effet, cette équipe prenait des renseignements de mon évolution dans « ma » bulle et transmettait aux parents, les jours de chasse, ce qui se passait, ce qui allait ou pouvait se passer. C'était très important pour leur moral.

J'entends certains dire : « Que faisaient-ils à la chasse alors que leur fils et frère était à l'hôpital ? ». C'est très simple : je leur avais interdit de venir me voir à l'hôpital les jours de chasse. Il faut savoir que toute la famille est fortement impliquée dans l'organisation de celle-ci et que cela m'aurait très fortement contrarié qu'ils ne soient pas sur le terrain. Dans « ma » bulle, de nombreux messages m'ont été envoyés. Je n'ai pu les lire qu'après ma sortie de Saint Louis. Le Noël 2000 a été très particulier. Le « Père Noël », aidé par EGMOS., a su que la chasse était une passion et il m'a apporté, entre autres, un livre sur la chasse. Tout le monde était au courant !

Je crois que l'envie de retourner dans les bois a été un facteur positif dans ma bataille contre cette sale bestiole.

Le temps, dans ma bulle, était un peu déréglé pour moi. Mais, lorsque je ne dormais pas en pleine nuit, je regardais « Histoires naturelles » ou « Très chasse » sur TF1. Il m'est même arrivé de reconnaître des chasseurs croisés ici ou là.

Lors de ma convalescence à Praz-Coutant, j'ai non seulement réappris à manger et à marcher, mais j'ai aussi repris contact avec la nature.

Pour mes 40 ans, mes collègues de travail m'ont, entre autres, fait parvenir un livre sur la chasse tellement énorme et lourd que je ne pouvais pas le lire ! (maintenant, je peux !!!). Une petite promenade à environ 200 mètres du Centre Médical m'a même fait découvrir des vermillis de sanglier. Un des autres « patients » les avait également repérés. Cela était un signe positif !

De retour à Paris, je dois dire qu'un des moments les plus forts, émotionnellement parlant, a été ma première sortie, ou plutôt promenade, sur le territoire de chasse dans l'Oise, à Bailleval-Nointel. Dans ces moments là, on se dit que la vie est belle !

Ma première ouverture de chasse s'est déroulée en septembre 2001 dans l'Orne, à Coulimer, à coté de Mortagne, invité par un ami de travail. Ce fut très raisonnable : peu de marche, affût en bordure de haie, mais une grande joie accentuée par le fait que j'ai pu « accrocher » à mon tableau un canard et un faisan. J'avais retrouvé mon coup de fusil !

En parlant de « coup de fusil », je me souviens de la tête du Docteur, maintenant Professeur, lorsque je lui ai demandé, lors d'un des nombreux « Contrôles techniques » passés à Saint Louis depuis mon retour de Praz-Coutant, si je pouvais tirer au fusil. C'était la première fois qu'un greffé lui posait cette question !

Quelques jours après, une seconde chasse a eu lieu dans le Loiret, invité par le Président d'une chasse (qui était passé me voir à Praz- Coutant avec son épouse). J'avais chassé de nombreuses années avec mes parents et mon frère dans cette chasse très amicale.

Saint Hubert a bien voulu m'envoyer un brocard que j'ai pu tirer (tuer). Il n'était pas « très joli » comme trophée, mais, pour moi, c'était le plus beau du monde.

Enfin, vint le jour de l'ouverture de la chasse sur le territoire de Bailleval-Nointel. Tous étaient heureux de me voir ainsi, encore diminué bien sur, mais présent et c'était le principal. Beaucoup ne disaient pas grand chose, mais leur regard en disait très long !

Mon « discours », pour les remercier de tout ce qu'ils avaient fait, en fin de collation avant le départ en chasse a été émotionnellement fort pour nous tous (un couple qui était également passé à Praz-Coutant pouvait remarquer ma très bonne évolution physique).

Cette saison de chasse 2001-2002 fut surtout une saison de transition. Je reprenais pied dans la forêt et c'était magique. Un renard a croisé une balle. Un sanglier a eu plus de chance. Début 2002, j'ai recommencé à sonner du cor. Personne n'était au courant (sauf mon frère) et, lorsqu'en fin de journée de chasse, j'ai sonné, certains avaient le coeur serré.

J'aurais pu, à Malmifait dans l'Oise, tirer (tuer) mon premier « nouveau » sanglier, mais je n'ai fait que le saluer ! (ce qui m'a le plus gêné, ce n'est pas de l'avoir « loupé », c'est de ne pas savoir où était passée ma balle. Un contrôle de tir avec un conducteur de chien de sang, pour vérifier s'il était blessé ou pas, n'a rien donné).

Invité à une chasse à D'Huison, dans l'Essonne, m'a permis de voir sangliers, biches, faons et chevreuils. Je n'ai pas tiré. Mais l'essentiel était « d'être là ». J'étais très heureux aussi de pouvoir à nouveau recevoir des amis à Bailleval-Nointel (eux aussi je crois !).

J'ai également pu, raisonnablement, sonner à nouveau du cor et participer avec l'A.N.C.C.T. à diverses manifestations cynégétiques (à Rambouillet ou aux Haras de Jardy à Marnes la Coquette).

Il m'a fallu attendre la saison 2002-2003 pour tirer (tuer) un sanglier, ce fut une belle émotion.

La saison 2003-2004 m'a apporté une autre grande joie : chasser de nouveau à Theillay, dans le Loir-et-Cher, où j'ai eu la chance de tuer deux sangliers en deux minutes ! J'ai également pu tuer une chevrette et un petit sanglier à Bailleval-Nointel.

J'ai également pu retrouver un territoire fabuleux cynégétiquement parlant et aussi surtout émotionnellement parlant : il s'agit de la chasse O.N.F. de Verdun. Chasser sur le sol où les poilus se sont terriblement battus est très spécial. Les vestiges de la cruelle bataille sont partout présents.

Enfin, la saison 2004-2005 commence bien. Une approche m'a permis de tirer un brocard avec une tête « bizarde » (= particulière). Il a certainement du subir un choc important au niveau des meules : le tir de régulation s'imposait.

La chasse m'a donc toujours suivi et je reste persuadé qu'elle a été un facteur important pour combattre le Myélome. C'est notamment grâce à elle qu'il a été détecté rapidement. En me faisant mal en soulevant un sac de maïs ce 29 avril 2000, cela a servi de signal d'alarme.

Merci à Saint Hubert et à toutes les personnes qui ont participé à mon bon rétablissement.

Philippe

P.S. : c'est volontairement que je n'ai cité aucun nom dans ce texte mais cela ne veut pas dire, bien au contraire, que je les ai oubliés.

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