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Association d'entraide des greffés de la moelle osseuse
http://www.egmos.org
Bulle'tin N°66 - avril 2005
Avant d’en venir à ce nouvel espoir issu de la recherche, il serait peut-être utile de faire un bref rappel des connaissances acquises de cette affection durant les dernières années.
Les caractéristiques de la maladie La leucémie myéloïde chronique est un cancer de la moelle osseuse, souvent à long cours, qui affecte principalement et en priorité la lignée des polynucléaires. Cette maladie due à un transfert réciproque d’une partie des chromosomes 9 et 22, et à la fusion des gènes BCR et ABL* est caractérisée pour la plupart des patients par la présence du chromosome Philadelphie. Le rapprochement de ces gènes normalement séparés est à l’origine de la synthèse d’une protéine tyrosine kinase hybride (la p210) dont l’activité permanente et déréglée est à l’origine de la prolifération anarchique et démesurée des globules blancs.
Les premiers événements de la maladie se situent dans le cytoplasme de la cellule. Tout commence par une hyper-excitation de la protéine kinase (la p210). En fixant d’une manière accrue le phosphore** sur son site tyrosine, la kinase « s’allume » et « enflamme » les protéines qui l’entourent. Le même processus se poursuit en cascade sur d’autres kinases par l’allumage d’autres molécules, impliquant peut-être l’oncogène RAS déjà en cause dans beaucoup de cancers. La cellule ayant perdu tout moyen de contrôle, ce processus d’excitation parvient à l’ADN du noyau qui donne l’ordre à la cellule de se multiplier en permanence, sans qu’aucun frein efficace ne puisse arrêter cette prolifération.
La greffe de moelle osseuse reste un moyen de traitement efficace mais non dénué de danger. La médication classique par Hydréa, Aracytine et Interféron alpha a été renforcée ces dernières années par l’introduction d’une nouvelle molécule, l’Imatinib. Plus connue sous le nom de Gleevec, elle est un inhibiteur de l’activité kinase de la protéine (p210). En se substituant au phosphore** dans le complexe tyrosine kinase, elle empêche « l’allumage » et contrarie ainsi la multiplication cellulaire. Dans le meilleur des cas la cellule finit par mourir.
Tout récemment un vaccin dirigé contre la protéine de fusion (la p210), véritable signature de la leucémie myéloïde chronique, a fait l’objet d’un essai thérapeutique. Ce vaccin, testé par le Dr Monica Bocchia de l’université de Sienne en Italie vise à stimuler la réponse immunitaire. En s’attaquant ainsi à un élément de la protéine (p210) issue du chromosome Philadelphie, les chercheurs espèrent améliorer les traitements sous Gleevec ou Interféron alpha.
Au total, 16 patients sous médication au Gleevec ou à l’Interféron alpha ayant stabilisé leur LMC mais présentant des traces de la maladie, sont entrés dans l’essai. Tout en maintenant leur traitement sous Gleevec ou sous Interféron alpha, ils ont reçu tous les 15 jours et pendant plusieurs quinzaines une dose de vaccin de 6 injections.
9 patients sous Gleevec ont montré une réduction de la maladie résiduelle après 3 à 6 doses. 5 d’entre eux sont parvenus à une rémission cytogénétique complète (disparition du chromosome Philadelphie). Et parmi eux, 3 malades n’avaient pas de trace moléculaire détectable de transcrit du gène BCR/ABL qui code pour la protéine (p210).
Pour les 6 patients sous Interféron alpha, 5 ont montré une réduction de leur maladie résiduelle durant la vaccination dont 2 avec une rémission complète.
Le profil non toxique apparent de ce traitement est très encourageant. L’étude va se poursuivre en incluant un plus grand nombre de patients afin d’évaluer l’importance de la réduction de la maladie résiduelle. Un suivi très serré et prolongé de ces malades sera donc nécessaire.
De toutes les recherches entreprises sur la vaccination, celle du Dr Bocchia est la première à obtenir une réponse clinique. En cela, elle suscite beaucoup d’espoir. A suivre !!!
Gilbert Bodier
* en situation normale, les gènes ABL et BRC
sont situés respectivement sur les chromosomes 9
et 22.
** il s’agit du phosphore de la molécule
d’ATP : Adénosine tri-phosphate.