Bulle'tin N°68 - novembre 2005
Au cours de la greffe de moelle osseuse, la réaction du greffon contre l'hôte (GVH) reste une cause de mortalité importante. Un nouveau conditionnement basé sur une irradiation et l'usage d'un sérum antithymocyte, permet de réduire la GVH tout en conservant l'avantage anti-tumoral de la greffe.
Le conditionnement myélo-ablatif préalable à la greffe qui permet de se débarrasser de la moelle osseuse malade par de fortes doses de chimiothérapie autorise des guérisons de leucémies et de lymphomes. Cependant, la GVH qui touche la moitié des patients est une cause importante de décès.
Même si, par ailleurs le conditionnement non ablatif ou atténué (voir bulletin n° 51) réduit ce risque de GVH, celui-ci reste majeur : forme aiguë sévère (grade 2 ou plus), chez 20 à 65% des patients.
Pour faire face à ces difficultés, des chercheurs de l'université de Standford aux USA ont développé une nouvelle approche de conditionnement qui vise à exploiter les ressources des cellules T régulatrices du système immunitaire.
Chez la souris, deux types de cellules T régulatrices, NK (pour natural killer ou tueur naturel) et CD4+CD25+ peuvent prévenir la GVH aiguë.
Les cellules NK constitue 1 à 3% des cellules T dans la rate d'une souris normale, mais, après traitements répétés d'une irradiation à faible dose ciblant la rate, le thymus et les ganglions lymphatiques, ces cellules augmentent en nombre et deviennent la majorité des cellules T dans la rate et la moelle osseuse, car elles sont plus résistantes à l'irradiation que les cellules T CD4+.
Le Docteur Samuel Strober de l'université de Standford a mis au point chez la souris un conditionnement protégeant de la GVH. Les souris conditionnées par une irradiation lymphoïde totale (faibles doses répétées) et par des anticorps anti-cellules T se révèlent être protégées contre la GVH aiguë.
Cette stratégie a été évaluée chez l'homme. Dans un essai, 37 patients atteints d'un lymphome ou d'une leucémie ont reçu un conditionnement de 10 doses d'irradiation lymphoïde totale pendant 11 jours et des globulines anti-thymocytes (anticorps anti-cellules T) de 11 à 7 jours avant la greffe. Puis les patients ont reçu une greffe de cellules souches provenant d'un donneur HLA compatible.
Les résultats sont intéressants puisque, sur 37 patients greffés, 2 seulement ont développé une GVH aiguë dont une forme sévère (3%). Cette réduction de la survenue de la GVH est remarquable car 14 des 37 patients ont reçu une greffe à partir de donneurs non apparentés, alors que dans de précédentes études avec des donneurs non apparentés, l'incidence de la GVH aiguë sévère était supérieure à 50%.
Ce qui est aussi intéressant, c'est que la greffe conserve son effet anti-tumoral puisque par exemple, pour le lymphome, 12 des 16 patients en rémission partielle à l'entrée de l'étude, sont maintenant en rémission complète.
Toutefois, le Pr Socié (Hôpital Saint-Louis et Inserm U 728) se montre prudent en raison du petit nombre de patients concernés par cette cohorte, et il ajoute : "Les protocoles de conditionnement non ablatif ont ouvert une nouvelle ère dans le domaine de la transplantation allogénique des cellules souches. Les prochaines études compareront, dans les essais randomisés, différents types de conditionnements non ablatifs ou d'intensité atténuée, dans des cohortes bien définies de patients ayant une seule maladie. Ces essais seront la plate-forme idéale pour tester le rôle des cellules T régulatrices et pour en savoir plus sur la GVH".
Gilbert BODIER
Article réalisé d'après les informations
émanant du "New Journal of Medecine" 29 septembre 2005, pp.
1321 et 1396.
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