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Association d'entraide des greffés de la moelle osseuse
http://www.egmos.org
Bulle'tin N°69 - février 2006
Nous allons parler dans ce numéro de la drépanocytose qui est une maladie génétique très fréquente puisqu'elle touche des millions de personnes dans le monde. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime qu'environ 300 000 enfants viennent au monde chaque année atteints de cette maladie, essentiellement dans les pays d'Afrique subsaharienne, du Brésil, du sud de l'Inde et des Antilles. Les autorités évaluent qu'environ 5 000 personnes en France en sont affectées. Toujours en France en 2003, 300 enfants sont nés "drépanocytaires" en majorité en région parisienne et aux Antilles.
Les caractéristiques de la maladie
La drépanocytose est une maladie héréditaire fréquente. L'anomalie est une mutation qui aboutit à la production d'une hémoglobine anormale, l'hémoglobine S. Celle-ci produit des fibres qui rigidifient, déforment les globules rouges et obstruent les vaisseaux sanguins. Ces cellules prennent la forme d'une faucille, c'est la raison pour laquelle cette affection est appelée anémie falciforme ou drépanocytose (drépanon en grec signifie faucille). Cette maladie survient dès les premiers mois après la naissance à la suite du remplacement progressif de l'hémoglobine foetale par l'hémoglobine S malade.
L'anomalie génétique
L'anomalie génétique porte sur le gène de la globine qui sert à fabriquer un morceau de la protéine d'hémoglobine. Les personnes non affectées par la maladie ont acquis de chacun de leurs parents, une copie du gène normal de l'hémoglobine A. Elles possèdent donc 2 gènes sains et sont homozygotes AA. Les patients qui ont reçus de leur père et de leur mère le gène anormal S sont homozygotes SS et souffrent de la maladie (les 2 copies sont malades). Les personnes qui ont hérité d'une seule copie du gène malade (hétérozygotes AS) n'expriment pas la drépanocytose car l'autre gène sain suffit à contrebalancer l'effet du gène muté ; sa présence permet de fabriquer assez d'hémoglobine normale pour empêcher la destruction des globules rouges. Très curieusement ces patients ont acquis la capacité de se protéger contre le paludisme.
Les symptômes de la maladie
Les symptômes peuvent être modérés et la maladie est plutôt bien tolérée, mais ils sont parfois très forts et ils entraînent alors des complications importantes :
L'anémie : les globules rouges anormaux et déformés se détruisent plus vite que les globules rouges sains ; au lieu d'avoir 4 à 5 millions de globules rouges et 12 à 13 grammes d'hémoglobine, comme c'est le cas pour chacun d'entre nous, ces patients ont, par exemple, 2 à 2,5 milions de globules rouges et 7 à 8 grammes d'hémoglobine. Ils ont besoin de transfusions et en raison d'une oxygénation plus ou moins précaire, ils doivent adapter leurs efforts au niveau d'atteinte de la maladie. En cas de crises d'hémolyses aiguës, la destruction accélérée des globules rouges provoque un encombrement du foie et de la rate. Le patient prend alors un teint jaunâtre qui trahit la présence d'un ictère.
Les infections : la rate obstruée par les globules anormaux est altérée dans sa lutte anti-infectieuse, car les globules blancs qu'elle abrite ne peuvent remplir correctement leur fonction. Il est nécessaire de bien surveiller ces patients pour prévenir les infections et notamment la survenue de septicémies et de méningites qui sont des affections graves. Ces épisodes infectieux heureusement ne concernent pas tous les patients, ils dépendent de l'évolution de la maladie. Les traitements reposent sur la prise d'antibiotiques ou sur la prévention (vaccination).
Les douleurs : les globules rouges, déformés et devenus fibreux, obstruent les vaisseaux sanguins et sont à l'origine de vives douleurs ressenties le plus souvent au niveau des os, des articulations et du ventre. Ces crises vaso-occlusives peuvent aussi provoquer des thromboses. Des oedèmes et des ulcérations affectant les extrémités des membres (les mains et les pieds) les rendent particulièrement sensibles au stress physique comme le froid ou les changements de température. La fièvre et la déshydratation sont à surveiller. Dans la phase aiguë de la maladie, des insuffisances pulmonaires et rénales accompagnent ce tableau clinique. Ces symptômes varient en intensité suivant le niveau d'atteinte de la maladie. Des patients qui ne présentent pas au début de symptômes importants tolèrent assez bien la maladie.
La thérapie génique
Tout récemment, un essai de thérapie génique a été réalisé sur des souris atteintes de drépanocytose. Cette étude entreprise conjointement par Philippe Lebouch et Yves Beuzard au sein d'une équipe Inserm à l'Institut d'Hématologie, Hôpital Saint-Louis, a permis d'obtenir la guérison de cette maladie. Le travail de Philippe Lebouch a consisté à transférer le gène thérapeutique de la globine dans les cellules souches hématopoïétiques de souris drépanocytaires et à l'intégrer dans l'ADN cellulaire. Ce transfert a été réalisé grâce à un vecteur dérivé d'un lentivirus dont les gènes codant pour les protéines virales ont été retirés. A la place, les chercheurs ont inséré dans les cellules souches "précurseurs des globules rouges : les érythroblastes", un gène de globine "antidrépanocytaire" ainsi que des éléments promouvant son expression.
L'hémoglobine produite a non seulement une fonction normale, mais elle empêche aussi la formation des fibres d'hémoglobine S. Résultat : les souris drépanocytaires traitées ont été guéries.
Le présent et l'avenir
Il existe un diagnostic prénatal fiable et un diagnostic néonatal de la drépanocytose. En raison de la longueur des sujets, il n'est pas possible de les traiter dans notre journal. Pour les lecteurs que cela intéresse, nous les invitons à prendre contact avec une association (*).
L'hydroxyurée (Hydréa) fonctionne en stimulant la production d'hémoglobine foetale qui joue un rôle positif contre l'anémie. Toutefois, ce médicament qui peut s'avérer toxique est déconseillé aux enfants. Il fait actuellement l'objet de recherches cliniques. Les transfusions de sang sont encore le meilleur traitement d'appoint. La prise d'acide folique est parfois envisagée pour pallier certaines aggravations de l'anémie.
A l'heure actuelle, la greffe de moelle osseuse ou de sang de cordon constitue le seul traitement possible pour les patients atteints de cette maladie, mais seule une minorité peut en bénéficier faute de trouver des donneurs compatibles. Le taux de réussite de cette greffe est cependant très important.
La thérapie génique sera peut-être le traitement qui permettra d'éradiquer cette maladie qui est un véritable fléau pour l'humanité, pas seulement par son taux de mortalité mais aussi par les grandes souffrances qu'elle provoque. La réussite d'une telle thérapie sur les souris est très prometteuse pour une application à l'homme. L'espoir grandit mais il faudra néanmoins patienter quelques années pour qu'une thérapie génique efficace voit le jour. Ces traitements posent aussi, au niveau mondial, le financement d'une santé publique globale.
Gilbert BODIER
(*) SOS GLOBI :
Association de prévention et de lutte contre les maladies héréditaires
du Globule rouge
Hôpital Henri Mondor - Biochimie
51, avenue du Maréchal De Lattre de Tassigny
94010 CRÉTEIL
tél/fax : 01 53 31 06 80