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Association d'entraide des greffés de la moelle osseuse
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Bulle'tin N°71 - juillet 2006

La longue journée des blouses blanches.

Le 12 mai dernier, au Musée des Moulages de l’hôpital Saint Louis, le personnel était invité à assister à la pièce de théâtre « La journée d’une infirmière Ou Pourquoi les animaux domestiques ? » écrite en 1968 (presque 40 ans, mais elle ne les fait pas !) par Armand Gatti et présentée, sous forme de monologue, par Juliette Mailhé.

Cette comédienne, dynamique et sensible, qui a fait du cinéma, de la télévision et surtout du théâtre, jouant, par exemple, des classiques comme « Les femmes savantes » ou « L’avare », s’est servie de son talent et de toutes les facettes de son jeu pour présenter la vie d’une infirmière, Louise.

La voilà qui saute du lit à 6h30 pour passer précipitamment d’un train de banlieue au métro, tenant serrée dans ses bras sa petite fille, qu’elle se dépêche de déposer à la crèche de l’hôpital avant la prise de service… qui commence parfois par une remarque de la surveillante à cause du retard.

Vite, la blouse, une petite coiffe et c’est le ballet des thermomètres, du contrôle des constantes, des petits déjeuners et des toilettes qui commence. L’infirmière se raconte de façon réaliste ; elle circule parmi les spectateurs, prenant le pouls de l’un, confiant un thermomètre à un autre et, en même temps, parlant un peu de tout : des personnes âgées, par exemple, qui, dans leur solitude, investissent énormément dans la relation avec les soignants et deviennent jalouses, si la voisine a droit à une phrase gentille en plus.

Le rythme des activités ne connaît pas de répit : il y a la visite des médecins, la préparation des malades qui descendent au bloc, la recherche de tout le matériel nécessaire aux soins.

Au moment du repas au réfectoire, on partage quelques potins et les soucis quotidiens. Il arrive qu’on évoque le monde, ses problèmes, ses catastrophes, mais tout cela paraît bien loin... Entre collègues, on discute à bâtons rompus d’une journée « comme les autres » et on fuit volontairement le questionnement. Ce sont les répliques elles mêmes, qui éveillent le sens critique des spectateurs.

Retour des opérés du bloc, à surveiller avec une attention particulière, enfin la pause café, les écritures de transmission et, comme le matin, la crèche, le métro, le train et le retour chez soi.

Tenir ce rythme demande une santé et une pêche à toute épreuve. A qui parler, quand on en éprouve le besoin ? Pas aux enfants, que l’on essaie de protéger, pas au conjoint, s’il y en a un, car il vit souvent le même type d’existence… il ne reste que le chat – d’où la deuxième partie du titre de la pièce - à qui l’on finit par confier ses moments de déprime. Même si une larme tombe, elle disparaît dans les poils de la fourrure…

L’énergie de Juliette Mailhé et sa façon passionnée de raconter et de faire participer le public ont fait que le temps est passé très vite : une vie a été racontée en une heure, mais, une fois le spectacle terminé, le public n’a pas fini de se poser des questions sur ce métier si difficile et si passionnant.

Maddalena Chataignier