Bulle'tin N°73 - février 2007
Le 30 novembre dernier le Professeur Jean Navarro a remis au Professeur Eliane
Gluckman les insignes d’Officier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur
lors d’une cérémonie où étaient conviés des
membres de notre association.
Cette distinction rend hommage à une longue carrière professionnelle entièrement vouée au service des malades et de la recherche. Les succès accomplis sur la greffe de cellules souches issues de sang de cordon sont connus du monde entier et profitent à de nombreux patients. De cela EGMOS peut en témoigner.
Nous saisissons cette occasion pour lui faire part de notre profonde gratitude. Si notre association s’apprête à fêter bientôt ses vingt ans, nous le devons à la volonté de Madame Gluckman et de quelques familles. Ils étaient peu nombreux au début à croire à cette aventure et ce sont ces pionniers qui ont forgé l’esprit de notre association.
Nous lui renouvelons nos félicitations et lui souhaitons le plein succès dans la poursuite de ses recherches.
Gilbert Bodier
Ce texte a été rédigé pour être lu. Nous vous le présentons dans son intégralité
Eliane Gluckman, c’est pour moi un grand honneur et un grand bonheur de vous remettre aujourd’hui les insignes d’Officier de la Légion d’Honneur.
Tout le monde connaît vos travaux et votre place prééminente dans le monde de l’hématologie. J’ai eu le plaisir de vous approcher un peu à l’occasion de réunions scientifiques de l’AP-HP et plus récemment quand vous m’avez exposé vos projets de développement des greffes de cellules souches du sang de cordon.
Mais pour préparer cette cérémonie, un certain Jean-Claude Gluckman m’a donné plus qu’un canevas pour vous décrire et reconstituer votre route. Et bien, ce que j’y ai découvert m’a amené à une grande admiration de ce que vous êtes, et je vais aujourd’hui suivre avec vous tout ce parcours, original, brillant et attachant.
Eliane Gluckman, votre vie débute dans un contexte dramatique en 1940. Votre père est une des premières victimes civiles de la guerre. Vous fuyez les persécutions dans le centre de la France au pays des Arvernes, à 3 ans vous êtes à l’abri dans un couvent, puis de retour à Paris à la libération vous faites des études, qui si j’ai bien compris, sont efficaces et sans être brillantes, mais votre esprit un peu atypique vous amène à des lectures en classe qui ne sont pas celles qu’on vous impose et qui traduisent sans doute un esprit indépendant, qui suggère un trait de votre personnalité du futur chercheur et innovateur, capable d’aller hors des chemins battus.
Ce parcours un peu atypique se solde néanmoins par l’obtention du baccalauréat en 1957 avec la mention bien. L’année suivante après le PCB, c’est un exposé d’anatomie explorant tous les secrets de la clavicule qui séduit Jean-Claude, un de vos co-disciples qui vous amènera au mariage en 1963.
C’est l’année, où externe des hôpitaux de Paris, vous découvrez l’hématologie et la greffe de moelle osseuse auprès du Professeur Georges Mathé, et cette discipline un second coup de foudre. En 1964 vous êtes promue interne des hôpitaux de Paris. Vous travaillez chez Jacques Bousser, y côtoyez Robert Zittoum, vous retournez chez Mathé et enfin en 1968 vous gagnez le saint des saints, le service du Professeur Jean Bernard à Saint-Louis.
Entre temps, vous mettez au monde un petit Philippe qui vit actuellement en Californie, et qui est un des réalisateur du film Shrek ( ah, si mes petits enfants savaient ça) mais vous travaillez toujours avec acharnement. Les certificats défilent : biochimie, statistiques à la Fac des sciences, immunologie générale à l’Institut Pasteur. Puis c’est le clinicat chez Bernard Dreyfus où vous tentez les premières greffes de moelle, hélas sans encore de succès, et vous vous initiez à l’histocompatibilité et à la culture lymphocytaire mixte dans le laboratoire de Jean Dausset.
En 1972, toute la famille s’embarque pour Seattle, où munie d’une bourse Fulbright vous allez vous former à la greffe de moelle chez Don Thomas, dans une petite unité qui deviendra le fameux Fred Hutchinson Cancer Research Center. Je me demande à cette occasion le pouvoir magique qu’a Eliane Gluckman de secréter les prix Nobel chez ses patrons, Don Thomas et Jean Dausset.
A Seattle, avec Rainer Storb, vous travaillez sur la réaction lymphocytaire mixte et les effets de l’homozygotie du complexe majeur d’histocompatibilité. En 1973 de retour à Paris, vous montez avec l’appui de Jean Bernard et Jean Dausset une unité de greffe de moelle à Saint-Louis qui sera votre futur service. Et les résultats sont là, réussite encourageante puis brillante, trente ans après des patients vivent toujours avec leur greffon ! Vous êtes nommée Professeur Agrégé en 1976. Votre équipe réalise ensuite des milliers de greffe de moelle osseuse et les perfectionnements spectaculaires s’accumulent ainsi que de véritables innovations : utilisation du sérum anti-lymphocytaire dans le traitement de certaines aplasies médullaires, conditionnements originaux pour les greffes des malades souffrant d’une anémie de Fanconi, rationalisation de l’utilisation de la cyclosporine A… J’en passe et des meilleures.
Cette réussite vous fait bien sûr connaître dans le monde médical. Vous créez l’European Blood and Marrow Transplantation Organisation et en 1988 des collègues américains vous contactent pour réaliser la première greffe de cellules souches hématopoïétiques du sang du cordon ombilical chez un enfant atteint d’anémie de Fanconi. Vous acquérez dans cette nouvelle technique un véritable leadership, et contribuez largement à l’utilisation de cette technique dans de nombreuses maladies hématologiques. Vous contribuez également à établir des banques des cellules du sang de cordon dans le monde entier, à diriger le programme européen Eurocord… Tout cela représente un nombre impressionnant de publications internationales (670 d’après les derniers comptes !) et de récompenses de tous ordres, d’où paraît-il une accumulation d’objets divers dans votre environnement proche. Vous remportez en 1998 le grand prix de l’académie de médecine, et la même année l’Ham Wasserman Award de la Société Américaine d’Hématologie.
Mais cette carrière brillante ne vous empêche pas moins de donner
cours à d’autres passions, car à côté des sommets
de la médecine, vous vous adonnez au parcours des sommets de la montagne,
des plus hauts de l’Europe à ceux d’Afrique, d’Asie du Sud Est, de l’Himalaya
( à cet égard avec le Pr. Devictor et Jean-Claude Gluckman vous
pourriez constituer une expédition AP-HP… j’imagine la communication
orchestrée par Eve Aulong : l’AP-HP à l’assaut des grands sommets
du monde). Voilà vous le reconnaîtrez de quoi rêver et j’espère
vous avoir fait partager toute mon admiration pour Eliane Gluckman.
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