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Association d'entraide des greffés de la moelle osseuse
http://www.egmos.org
Bulle'tin N°75 - août 2007
Dans son livre « Le Sang et l’Histoire » le Pr Jean Bernard évoque dans un chapitre les différentes pathologies du sang qui jalonnent l’évolution des sociétés humaines. Ainsi, aux temps préhistoriques du paléolithique, à l’époque de la chasse et de la cueillette, le sang des hommes est souvent le reflet d’agressions parasitaires. Actuellement, des sociétés qui vivent dans les mêmes conditions qu’au paléolithique présentent des affections similaires. A l’époque du Néolithique, qui correspond à la découverte de l’agriculture et de l’élevage, l’humanité est tributaire de bonnes ou mauvaises récoltes, le sang anémié de ces populations révèle des carences alimentaires. Cette situation persiste encore de nos jours dans de nombreux pays. Enfin, à l’époque des grandes industries, l’hématologie met parfois en évidence des insuffisances sanguines. C’est ce thème que nous allons évoquer aujourd’hui.
La révolution industrielle amorcée dans certains pays dès
la fin du 18ème siècle a profondément changé le
paysage urbain et la vie des populations concernées. L’évolution
des techniques à l’origine de cette révolution s’est accompagnée
de la création d’une multitude d’usines et d’une forte augmentation
du peuplement des villes. Cette transformation industrielle, source de progrès
est aussi cause de certains désagréments. Dans nos cités
modernes, les fumées industrielles et domestiques, les gaz d’échappement
des voitures souillent l’air. Cet air vicié atteint parfois des pics
de pollution au point que les taux d’oxyde de carbone et de benzopyrène
deviennent très menaçants pour notre santé. Le rapide
développement de l’industrie chimique, surtout celui de la synthèse
de grosses molécules, (caoutchouc, plastiques, textiles, médicaments)
est la principale cause de cette pollution. Pour s’en rendre compte, il faut
savoir qu’il tombe à Birmingham, en Angleterre 100 kg de poussière
par mètre carré et par an.
Ces produits toxiques ne sont pas sans conséquence sur notre santé.
Ils peuvent engendrer des désordres sanguins qui touchent en grande
partie les populations de nos sociétés. Lisons à ce sujet
les propos tenus par le Pr Jean Bernard dans son livre « Le Sang et
l’Histoire paru en 1983 ».
Les poisons industriels, comme les radiations ioniques, altèrent la moelle des os, et en conséquence troublent la formation de tous les globules du sang, non seulement les globules rouges, mais aussi les globules blancs et les palquettes. D'une façon générale, le nombre des globules du sang des populations ainsi exposées est modérément diminué. La diminution porte surtout sur les globules blancs et sur certains globules blancs appelés polynucléaires.
Cette diminution est malgré tout si nette que les textes légaux consacrés aux maladies professionnelles ont dû, dans leur appréciation des limites de la normale, en tenir compte. Lisons encore ce que dit Jean Bernard dans son livre « Le Sang et l’Histoire ».
Depuis 50 ans, on assiste, pour ces populations, à la diminution du nombre de ces globules blancs polynucléaires. Le nombre moyen de ces globules blancs polynucléaires par millimètre cube de sang est passé en 50 ans de 4000 à 2500. La présence dans l'environnement humain des substances toxiques est, à côté d'autres facteurs, très probablement responsable de cette diminution. Les grandes insuffisances de la moelle osseuse, heureusement plus rares, appartiennent pour une bonne part à ces sociétés industrielles. Leurs causes sont variées, dispositions constitutionnelles, virus. Mais, au premier rang de ces causes figurent les poisons chimiques, tel le benzène ou benzol, largement employé dans l'industrie, tels divers médicaments employés hors de propos, telles probablement certaines substances utilisées comme insecticides en milieu rural. Ce qui peut expliquer que ces désordres snaguins sont à l'époque contemporaire, observés non seulement à la ville mais à la campagne.
En dépit de ce constat un peu noir mais bien réel, il serait
injuste de blâmer outre mesure cette « société industrielle
». Certes, les transformations économiques et démographiques
qu’elle a provoquées ont bouleversé les normes sociales et apporté
leurs lots de misères et de souffrances, mais elle a aussi permis de
mettre fin aux famines et aux épidémies séculaires qui
sévissaient en Europe.
Toute évolution a sa contrepartie délétère. Si
nous voulons que le progrès soit véritablement au service de
l’homme, il devient urgent de changer nos habitudes. Il n’est naturellement
pas question de retourner à l’Age de pierre, mais de maîtriser
le progrès en développant une industrie plus propre. Une industrie
plus propre, cela signifie une meilleure qualité de vie, une meilleure
santé et moins de dépenses publiques. Si nous ne le faisons
pas, la nature saura reprendre ses droits. Comprendre les grands équilibres
ou déséquilibres qui gouvernent la biosphère et la terre
est l’enjeu des recherches qui concernent les Sciences de la Vie et de la
Santé . Nous sommes partie intégrante de cette nature, le comprendre
est le commencement de la sagesse.
PS : nous invitons nos lecteurs à se référer au livre de Jean Bernard intitulé « Le Sang et l’Histoire » Editions Buchet/Chastel.
Gilbert Bodier