Bulle'tin N°76 - novembre 2007
Il vous est sûrement arrivé, si vous habitez Paris ou une grande ville, de remarquer des jeunes gens, munis d’un dossier et d’un stylo, placés, en général de façon stratégique, dans les rues les plus fréquentées.
Ce sont, la plupart du temps, des étudiants embauchés pour des études de marché, qui essaient par ce moyen d’arrondir leur budget, en interrogeant les passants de bonne volonté sur les sujets les plus divers.
Ils balaient les gens d’un regard qui se veut indifférent, pour ne pas braquer les futurs candidats, mais qui n’en est pas moins très attentif, car il s’agit de cibler la personne recherchée sans perte de temps. Il faut avoir le flair nécessaire pour s’adresser d’emblée, selon les enquêtes, au jeune cadre, que les clichés veulent toujours dynamique et plein d’entrain, à la ménagère de moins de 50 ans ou au retraité encore alerte et surtout assez argenté pour pouvoir s’offrir quelques petits extras ou même rêver de vacances dans des pays exotiques.
En général, les gens sont pressés, mal lunés, l’esprit entièrement occupé par des soucis personnels, petits ou gros qu’ils soient, et peu d’entre eux acceptent de s’arrêter une dizaine de minutes et de répondre à toute une série de questions.
Depuis que la retraite m’a permis de ralentir le rythme, il m’est arrivé plusieurs fois d’êtreinterpellée et j’ai commencé à accepter de donner mon avis. D’abord, tout simplement, parce que ces jeunes sont payés au nombre de gens qu’ils arrivent à contacter et qu’une personne en plus ajoute environ 5 euros à la cagnotte de la journée.
Peu à peu, ma motivation a changé : ces jeunes souriants - enquête oblige ! - visiblement en bonne santé et débrouillards - sinon ils ne seraient pas là ! - m’ont fait penser, par association d’idées, à d’autres jeunes, qui, du jour au lendemain, voient leur vie basculer pour des raisons de santé et se retrouvent sur un lit d’hôpital, contraints à affronter des soins lourds et pénibles, la vie quotidienne en milieu stérile et toutes les difficultés qu’à Egmos nous connaissons bien.
L’idée m’est venue d’essayer d’établir un pont entre ces deux mondes si différents.
Je me laisse donc systématiquement « attraper » pour un entretien et, à la fin, j’explique en quelques mots la possibilité de devenir donneur de moelle et l’importance que ce geste peut avoir pour sauver la vie d’ une personne, souvent du même âge que l’enquêteur lui-même.
Le message a l’air de passer.
Si vous en avez le temps, pourquoi ne pas en faire autant ?
Maddalena CHATAIGNIER
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