À 49 ans, l’été dernier, Jérôme quitte sa petite ville d’Illiers-Combray (Eure et Loire, le Combray de Marcel Proust) pour rejoindre l’hôpital Saint-Louis à Paris. Hospitalisé pour une leucémie aiguë lymphoblastique, il suit dans le service Myosotis un traitement puis une consolidation de plusieurs mois qui doivent le rendre apte à bénéficier d’une greffe de moelle osseuse. Le donneur sera son frère cadet (greffe haplo-identique). À la suite de ce traitement, Jérôme entre à Trèfle 3 le 14 janvier dernier pour une greffe prévue le 22.

Le jour J, la moelle saine du frère de Jérôme est prélevé dans l’os de sa hanche (un cas sur dix seulement de nos jours). Et bien qu’un peu chahuté par l’anesthésie générale dont il sort à peine, c’est le frangin qui appuie sur le bouton et lance la transfusion des cellules salvatrices. S’ensuit pour Jérôme un mois dans une chambre stérile, la chambre n° 1. Une chambre dans laquelle il va vivre des moments durs (entre autres une GvH digestive sérieuse à mi-parcours), mais également plein de moments forts, très forts, avant de quitter l’hôpital dans un tempo classique pour une greffe de ce genre (un peu plus de 5 semaines).

Se tisser un cocon protecteur

En fait, cette chambre, devenue célèbre dans tout le service, Jérôme l’a transformée en un véritable sanctuaire, un grand patchwork coloré, brillant de dizaines de photos, drapeaux, posters, t-shirts et insignes. « J’ai souhaité y amener tout ce que j’aime, raconte-il : mes enfants, ma famille, mes amis, mes passions, un concentré de mon « avant » qui soit aussi une promesse d’avenir. Ce cocon m’a tenu au chaud, je m’y sentais bien, réellement entouré ».

Et c’est peu dire que dire de Jérôme qu’il a été accompagné durant sa « renaissance ». Ceux qui pouvaient venir ont pris la voiture ou le train, sa femme la première bien sûr, le plus souvent possible ; puis les enfants et les amis proches. Les autres téléphonaient. « Chaque jour, je recevais mon premier coups de fil vers 17h et lorsque j’allais suffisamment bien, je raccrochais au neuf ou dixième appel, vers 23h ».

Et puis il y a eu le personnel : « Alors là, les soignants, oh là là… ».

Formidables !

« Formidables. Tous ! De A à Z. Cette empathie, cet accompagnement. Les jours où je n’avais pas la force, c’est eux qui me portaient, au sens propre des fois. Tous incroyablement dévoués, investis corps et âmes, des gamins de l’âge des miens pour beaucoup. C’est pour eux, pour leur dire merci à TOUS que LE projet a mûri dans ma tête ».

Un projet ? Quel projet ? Ah oui, on a oublié de vous dire que Jérôme était chauffeur poids lourd, à son compte depuis une dizaine d’années. Alors, pour sa reprise, lorsqu’il va relancer son camion sur les routes, avec un salarié d’abord, traaaanquille la reprise. Lorsque ce camion donc (qui figure bien entendu en photo dans la chambre !) reprendra du service, ce sera avec une déco très spéciale.

«Pour rendre hommage à tous ceux qui m’ont soigné et qui méritent bien plus que quelques applaudissements durant un mois ou deux pendant le covid. Pour tous ceux aussi qui ont donné leur sang ; ce sang qui m’a maintenu en vie avant la greffe, et aujourd’hui encore. Je veux les saluer chaque matin et qu’ils m’accompagnent sur les routes. Et au cœur de cette déco, parce qu’il est important d’essayer de sensibiliser les gens à tous ces dons qui sauvent, il y aura un message, en grand. Un message qu’on va mettre au point avec le professeur Peffaut de Latour de Trèfle 3, et le professeur Raffoux de Myosotis dont l’équipe est tout aussi fabuleuse, je vous assure. Et je viendrai jusqu’ici pour leur montrer le résultat ».

La vie est belle

« Même que, si le camion est sélectionné pour ça, j’embarquerai à son bord les membres du personnel soignant que ça tente pour effectuer la grande parade des supers camions qui ouvre chaque année les 24 Heures du Mans ; catégorie poids lourds bien sûr. Peut-être même un membre de votre association de bienfaiteurs, EGMOS, dont les visites font du bien parce qu’on y parle avec des gens qui ont vécu ça, la greffe, il y a un, dix, quinze ans et qui sont là devant vous, preuve vivante que ça marche, la greffe ! »

« Alors, cette maladie et cette greffe, sérieusement, cela a été une véritable épreuve, très dure. Mais pas que. On en ressort grandi d’abord et puis on rencontre des gens fantastiques, une vraie solidarité humaine qui vous fait vous rappeler que la vie est belle et qu’il faut en profiter. Profiter de chaque moment. Et puis : aimer les autres ! ».